Un nouveau post sur les éléments de dialogue entre psychothérapie et Buddhisme des premiers textes ! On se penche ici plus en détail sur le principe d’impermanence, le concept de Dukkha et la pratique de non-attachement.
Ressources :
« Rolling Forth the Wheel of Dhamma (SN 56.11) » (en anglais) sur suttacentral.net
Un concept fondamental au Bouddhisme des premiers textes est celui d’impermanence. En effet, les enseignements bouddhiques partent de ce principe central que toute chose est menée à changer, ne serait-ce qu’à des degrés imperceptibles. Notre expérience sensorielle et émotionnelle est donc constamment et inéluctablement instable et fluide.
Une conséquence de ce constat est que toute tentative pour nous y agripper dans l’espoir de la figer est vaine et ne peut mener qu’à de l’insatisfaction. C’est la première des Quatre Nobles Vérités dans la doctrine bouddhique, que le Bouddha aurait énoncées lors de ce qui est traditionnellement présenté comme son Premier Sermon (Saṁyutta Nikāya, SN 56.11).
Ce constat de l’échec inhérent à toute tentative de s’agripper aux objets de notre expérience est décrit par le terme dukkha (qu’on traduit généralement par « souffrance » ou « insatisfaction »). Selon la doctrine bouddhiste, cette tentative d’agrippement peut être motivée par la haine, par l’avidité ou par l’ignorance – étant entendue comme l’ignorance du Dharma, des enseignements bouddhiques.
En effet, il faut d’abord pouvoir reconnaître le caractère changeant de toute chose avant de pouvoir mettre en œuvre la pratique qui nous permettra de renoncer à nous y agripper. Pourtant, le principe de non-attachement dans le Bouddhisme des premiers textes n’est pas équivalent à un détachement des choses.
Le non-attachement ne veut ainsi pas dire qu’on ne s’impliquera pas dans la vie autour de nous. Il s’agit simplement d’accepter que toute chose est menée à passer, qu’il s’agisse de nos états de plaisir comme de déplaisir. On apprend à ne pas y attacher la croyance en leur permanence, plutôt que de se détacher et de ne se sentir concerné-e par rien.
Ces notions peuvent aider face à de nombreuses difficultés psychiques et émotionnelles que nous sommes susceptibles de traverser, comme des moments de deuil, quelle que soit leur nature et leur degré. Elles peuvent aussi être un soutien pour relâcher nos tendances aux addictions et aux conduites compulsives, qui sont par ailleurs largement instrumentalisées par les systèmes capitalistes.
L’angoisse de la fuite du temps, des choses et des êtres autour de nous est un lien commun entre nous toustes. Si nous avons tendance à nous agripper à la première chose venue pour tenter de nous rassurer par rapport à cet état de fait, c’est aussi parce que nos modèles de société nous confisquent les moyens de participation à long terme à l’organisation de la vie collective.
Une pratique de non-attachement n’est pas seulement destinée à nous permettre de nous sentir plus en paix avec nous-mêmes. Elle peut nous permettre aussi de mieux distinguer ce sur quoi nous pouvons le mieux agir dans le temps et les espaces qui nous sont impartis.
C’est pour ça que j’aime mêler les enseignements et les pratiques bouddhiques à mon approche de la psychothérapie : parce que les mots ont aussi leur limite, là où nous devrions d’abord apprendre à nous asseoir et à mieux regarder en nous-mêmes et autour de nous.


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