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La transidentité n’est pas un transhumanisme

Texte en pdf : Clémence Ortega Douville – La transidentité n’est pas un transhumanisme

Je n’ai pas dans l’idée de prendre parti au nom de toutes et tous. J’essaierai juste ici de porter un regard sur une certaine confusion idéologique lorsqu’il s’agit des questions liées au corps, à l’identité et au genre, à la sexualité, à ce qui nous détermine dans la société en tant qu’homme, femme, ou autre chose.

M’interrogeant récemment sur l’éventualité de suivre un traitement hormonal de féminisation, j’ai pesé pour moi-même un certain nombre d’éléments. Le premier d’entre eux n’était pas directement lié à moi, il était lié à l’environnement. Les résidus médicamenteux, quels qu’ils soient, se retrouvent via nos urines et selles dans les cours d’eaux, perturbent les écosystèmes.

En tant que personne du XXIe siècles, avec ses enjeux et son urgence écologique, je trouve inévitable de souhaiter limiter soi-même son impact sur notre planète, surtout lorsqu’il s’agit d’une décision personnelle et délibérée.

Mais pourquoi prendre cette décision en premier lieu, ou du moins l’envisager sérieusement ? Pas par idéologie, ni pour prouver quoi que soit, ni pour demander à qui que ce soit la permission d’être, d’exister et d’être reconnue d’une certaine manière qui me convienne. Qui, après tout, est-ce que ça regarde, à part l’intérêt pour une société meurtrie de savoir exactement qui nous sommes ?

Naturalisme, essentialisme

Je suis née avec un corps d’homme, dans un monde et une société où l’on marque d’un genre tout individu-e né-e avec un appareil génital déterminé. L’aspect naturalisant semble venir tout seul. Les hommes ont un pénis, les femmes une vulve (et non un vagin, qui en est la partie intérieure), c’est tout naturel.

Certes. Toutefois, l’aspect naturel de cette constatation s’arrête lorsque cette disposition des corps induit un comportement, des conduites associées, lesquelles sont moins le fait d’un développement « naturel » des caractères que de l’interaction avec un environnement social déterminant.

Si cela semble naturel, c’est que nos milieux sociaux tendent à se montrer relativement homogènes. S’ils tendent à être homogènes, c’est parce qu’une sélection intra-spécifique y a toujours cours.

En éthologie, la sélection intra-spécifique désigne non la sélection dite « naturelle » entre les espèces au cours de l’évolution, lesquelles de part les modifications de leurs environnements, tendraient à décliner, à croître ou à opérer des mutations. La sélection intra-spécifique, c’est quand les individus d’une même espèce opèrent une sélection à l’intérieur même de leur groupe.

Chez certains semnopithèques d’Asie (un petit singe de la famille des cercopithécidés) par exemple, où chaque mâle règne sur tout un harem de femelles, tout changement de maître donne lieu à un infanticide généralisé. Cela aurait pour effet d’accélérer les chaleurs des femelles sans petits et d’augmenter les chances du nouveau tyran de voir reproduire son génome.1

C’est une vision un peu radicale des choses, mais le concept est repris dans le domaine de la paléontologie humaine pour expliquer l’émergence de groupes et le déclin d’autres.2 On parle alors du « parasitisme social » pour décrire la façon dont ces groupes tendent à se préserver en excluant les individu-e-s perçu-e-s comme exogènes.

Aussi, quelle énergie ne déployons-nous pas pour ne pas devenir nous-mêmes des éléments exogènes au groupe social dans lequel nous naissons, découvrons le monde, les autres, au sein duquel nous nous formons ? Précisément, nous adoptons des codes qui semblent aller de soi dans la mesure où notre environnement social, familial, nous en récompense par une approbation bienveillante ou par une injonction sévère.

L’apprentissage des lois morales propres au groupe, à l’image de ce qu’on se représente valoir pour toutes et pour tous, s’y déroule. Il en va de même des codes relatifs aux normes de bienséance et de conduite appropriées.

De fait, on attend certaines choses, certains comportements, voire certains traits de caractère des filles, et certains autres des garçons. Et comme ces normes ont pour objet la création de conduites socialement déterminées, toute déviation, tout élément jugé exogène à l’homogénéité de l’univers social du groupe, de la société et par répercussion, de la famille, sera inhibé, de gré ou de force. Le but est bien entendu d’obtenir la plus grande prédictibilité possible, ou du moins la plus grande prévisibilité des comportements, ainsi que les mesures destinées à les canaliser le cas échéant.

Le psychanalyste américain Donald W. Winnicott décrivait ces phénomènes d’adaptation à travers la figure de la mère (ou substitut) « suffisamment bonne ». Notamment parce que dans le cas d’une carence allant au-delà de simplement être absent-e de temps en temps, mais dans le cas où l’enfant « ne se voit pas dans les yeux de sa mère »3, celui ou celle-ci va tendre à compenser ce manque et à répondre à des attentes auxquelles il ou elle suppose manquer.

Aussi cette compensation pensée ici au niveau du rapport primaire entre l’enfant et la mère vaut-elle à différentes échelles, à partir du moment où dépendance affective et autorité familiale prennent forme dans un tout plus ou moins cohérent. L’enfant va tendre à développer des conduites qui sont encouragées par son environnement direct, a fortiori son environnement familial, avec plus ou moins de difficulté et de temps.

Lesbianisme, droit et groupe des femmes

Pour ce qui est des comportements socialement associés à un genre selon un système de différence binaire masculin/féminin, homme/femme, dont le caractère relationnel avait été mis en évidence par Françoise Héritier4, il est difficile d’en blâmer totalement les parents lorsque ceux-ci n’aperçoivent pas à quel point ils sont conditionnés eux-mêmes. Il n’en reste pas moins que chaque niveau des structures sociales imbriquées, de la société entière à la famille, tend à maintenir sa cohérence par rapport à un schéma convergent. Nous tendons toutes et tous vers un même destin social global idéalisé, dans l’idée romantique où la communauté humaine nous tiendrait lieu de survivance en périodes troubles.

Cette part idéologique est aussi pratique. Précarité ou confort matériel dépendent de la capacité à s’insérer dans le groupe, qui pourvoira à l’échange de biens permettant cette survivance. Devenir un élément exogène, marginalisé, comporte un risque pour sa survie physique, morale (c’est-à-dire légale), et/ou psychique.

La question du droit, et de la reconnaissance de ce droit, est ainsi fondamentale. Nous avons encore la chance de vivre dans un monde où le droit est écrit. Il n’est pas respecté, mais il est écrit. Chacun-e peut s’en saisir, en théorie. Mais surtout la connaissance du droit, c’est la reconnaissance de l’intersubjectivité dans les rapports sociaux, économiques et politiques… mais aussi culturels et symboliques.

Quand la romancière et militante féministe Monique Wittig écrit dans La pensée straight (1978) que les femmes homosexuelles, puisqu’elles ne conviennent pas au schéma symbolique de la norme hétérosexuelle et à la maternité, ne sont pas des femmes, c’est de cette torsion dans le groupe qu’il s’agit. Il s’agit du caractère exogène de l’homosexualité, et plus précisément du lesbianisme au sein du groupe des femmes, du fait que les lesbiennes ne sont pas « des femmes » entendues comme un groupe homogène ; mais des lesbiennes au sens d’un groupe sémantique, social et symbolique, politique, à part entière.

Néanmoins ce séparatisme lesbien indique bien une conscience accrue du problème politique au sein des rapports de genre. C’est parce qu’il y a un intérêt politique à maintenir l’unité du groupe social, tel que poursuivant une hiérarchie, qu’il y est exercé une pression de normalisation des individu-e-s qui la composent. Les déviances à la normes sont remarquées en négatif de ce processus collectif et largement inconscient d’uniformisation et dès lors, un système de différence, de discrimination des éléments exogènes est à l’œuvre.

Le genre en héritage

Un travail a marqué les études de genre, est celui de Judith Butler. Ce dernier portait l’idée, remise en cause plus tard, de la performation des normes définissant le genre. Dans son ouvrage de référence, Trouble dans le genre (1990), elle part notamment de l’observation des performances drag* et butch (femmes empruntant un style vestimentaire et des attitudes masculines de façon marquée) pour pousser cette analyse.

Après tout, hommes et femmes se considérant comme « normaux » au sein de la société qui les définit comme homme ou femme, ne font que perpétuer les normes qui leur permettent d’exister comme tel-le-s. D’une certaine façon, ils et elles ne font que mettre en acte, dans leur vie de tous les jours, un rôle dans la société qui pourrait s’analyser comme un rôle de théâtre. Nous jouons notre partition.

Mais alors quid du corps ? Le corps humain, comme l’objectent certain-e-s, n’est-il pas fait d’une certaine manière et de fait, prévu pour fonctionner et exprimer ses caractéristiques naturelles de cette certaine manière-là ? Le déterminisme naturaliste pointe encore le bout de son nez.

Les universitaires Elsa Dorlin et Isabelle Clair, dans leurs ouvrages d’introduction respectifs5, rappellent le point de départ de la notion de « genre » à travers le traitement réservé aux personnes intersexes dans la seconde moitié du XXe siècle. Les travaux et choix chirurgicaux du psychologue John Money ont à la fois lancé le débat sur l’ambiguïté des « rôles de genre » et sur la liberté pour les personnes concernées de choisir leur sexuation ou non-détermination.

Le fait que des individu-e-s puissent exister socialement sans que leur genre soit clairement défini heurte encore la conscience publique. Encore une fois, toute société repose sur un certain degré de déterminisme. Il va de la survie de l’espèce que le groupe reste homogène et se déploie dans la même direction. Toutefois, la question des intersexes a posé celle, épineuse, des préconceptions que supposent la détermination du genre d’une personne (détermination chromosomique, hormonale, génitale, morphologique… psychologique ?).

La question trans*

A cet endroit, la question du transsexualisme, et plus loin dans une terminologie plus large, de la transidentité, intervient, et c’est ici, évidemment, que ma parole devient plus personnelle.

Dans sa Sociologie du genre, Isabelle Clair évoque un autre pendant de la querelle liée au genre. Celle-ci a animé les différents courants féministes à partir des années 90, conjointement et consécutivement à la parution et diffusion (tardive en France) des essais de Judith Butler : est-ce que le terme de « genre », plus large et plus englobant, plus abstrait aussi que le terme de « sexe » pour définir une personne, ne finit pas par gommer la question du corps et avec elle, le sort de la lutte des femmes ?

Un pendant de la querelle liée à la transidentité est en effet de savoir si ces « hommes qui se déclarent femmes » – et à travers ces personnes, un des marqueurs de la critique contre Butler – ne sapent pas finalement le combat des féministes. Il est assez choquant de voir dans la préface de la réédition de La pensée straight6 de Wittig, des propos tenus pour mettre en cause les mouvements queer et trans*. Ces derniers sont perçus comme une menace indésirable, notamment pour les lesbiennes.

Transgression des genres égale fin des genres. On projette sur les personnes trans* la croyance qu’il s’agit toujours « d’hommes » venant voler la place des « vraies femmes ». Beaucoup y voient également un effet de mode, suite au coming-out de célébrités hollywoodiennes, au fait qu’on en parle plus. Le corps et l’expression du genre y paraissent confondus avec un objet d’image, de fantasme et de consommation.

Or si on en parle plus, ce n’est pas forcément qu’un effet de mode. C’est aussi, pour beaucoup de gens, des jeunes et des moins jeunes, une ouverture dans la société, une possibilité, parfois une chance inespérée.

Post-modernisme queer

Ce point de vue n’est ni plus ni moins révélateur d’une incompréhension et d’une confusion idéologique résolument post-moderne : le queer et la transidentité seraient en quelque sorte un parent pauvre, un rejeton du transhumanisme. Le critique littéraire américain Lee Edelman, par exemple, a en effet lié la volonté d’interférer avec le destin biologique de l’espèce humaine comme un ultime rejet de la société, héritier du punk (Merde au futur : théorie queer et pulsion de mort, 2016, parution originale en 2004).

Au lieu de se résoudre à l’inévitable destin de procréation et de reproduction des structures permettant à la société de se perpétuer, son refus reviendrait à exciter une pulsion morbide de rupture avec l’ordre contraignant, dans une grande fuite en avant. Non sans ressors créatifs par ailleurs, mais sans vision du futur autre que le pansement d’une fracture narcissique, laquelle peinerait à se reconnaître.

Il serait donc moins question d’individu-e-s en prise avec la société et leur corps, que d’une question, sinon éthique, du moins morale déviée.

Les lois morales sont propres à une communauté, supposées valables en tous temps et ce depuis des temps immémoriaux, fondatrices de façon plus ou moins mythique. L’éthique, quant à elle, résulterait d’un choix délibéré, personnel, engageant la responsabilité par contrat, explicite, quel que soit son degré de formalité.

Et d’une certaine façon, la question queer (refus d’une catégorisation claire de genre) et plus loin la question trans* (transgression d’un genre attribué à la naissance vers un genre approprié à la personnalité, au vécu intime de la personne) viennent buter avec un sentiment non moins profond de dépossession et de sape des valeurs morales sur lesquelles la société prend appui.

Dire que le genre par lequel on est connu est changeable, altérable, désintégrable et recomposable, c’est remettre en question ce qui « intègre » les individu-e-s dans une société constituée. Cet acte de désintégration est une véritable remise en cause, partant du point de vue personnel d’une expérience intime, située dans la localité de l’individu.

Il ne s’agit pas, dans le meilleur des cas, d’une remise en cause pour remettre en cause, par bravade ou fantaisie, d’un soulèvement face à « l’évidence naturelle » au bénéfice d’un soulèvement adolescent face à l’ordre, ou d’un caprice, d’un acte de séduction pour suivre la mode, de consommation du corps ou d’une désintégration suicidaire. Non et d’ailleurs, tout le monde ne « devient » pas trans du jour au lendemain.

Il s’agit d’observer et de reconnaître que l’appareil psychique, lorsqu’il s’accorde au vécu émotionnel, à la sensibilité, au goût esthétique et sexuel de la personne, puisse aller à l’encontre du corps tel qu’il est reconnu socialement, médicalement, moralement et symboliquement au sein de la société comme de la famille.

La fiction transhumaniste

 

Au départ, je n’étais pas foncièrement partisane du traitement hormonale ni de l’opération génitale. Je ne crois toujours pas pouvoir, dans un monde aussi heurté, prendre une position idéologique là-dessus. Je peux juste dire que mon soucis éthique lorsque j’ai commencé à me poser sérieusement la question d’un traitement a été de peser tous les éléments à ma portée selon un critère fondamental : si je le fais, je le fais dans un rapport strictement intime, de moi à mon corps, n’impliquant que lui et moi, et en limitant au maximum l’impact environnemental de mon choix, mon impact sur la vie d’autrui.

Mon premier soucis a été de voir s’il existait une solution au problème des résidus. Connaissant le principe des toilettes sèches, je me suis renseignée ; apparemment, la fermentation les dégraderait jusqu’à 95%. Si cette solution se montre réellement viable, ma plus forte exigence, celle de ne pas participer outre mesure à la pollution de l’environnement, serait satisfaite.

Ensuite, il y a bien sûr à peser que c’est un traitement à vie, rendant dépendant-e d’une source médicale, pharmaceutique, avec des risques à long terme. Si je me lance là-dedans, j’aimerais pouvoir être scrupuleuse sur qui produit ces traitements et comment.

Et puis, nous rentrons là dans un domaine intéressant quant au degré de confusion que cette question porte, qui est un domaine idéologique encore répandu d’aversion face aux modifications corporelles.7 Plus largement, une assimilation rapide est parfois faite entre la prise d’un traitement hormonal de féminisation ou de masculinisation du corps, et le recours galopant à l’excuse technologique, à « la science » pour résoudre les problèmes du monde.

Cet amalgame difficile entre la prise maîtrisée d’un traitement dans le cadre intime et la destruction volontaire des écosystèmes à grande échelle ainsi que la main-mise sur le vivant par les biosciences, pénètre par cette porte discrète où c’est la castration symbolique des valeurs normatives qui est en fait en jeu.

Pour le dire ainsi, non, la transidentité, puisque c’est de cela que je parle, n’est pas un transhumanisme. Il ne s’agit pas d’améliorer les performances d’un corps dans le but de le rendre plus apte à la domination, dans le contexte d’une société capitaliste et néo-libérale basée sur le monopole du pouvoir et la compétition. Il ne s’agit pas non plus forcément d’appliquer un pansement sur une blessure plus profonde, de choisir la facilité ou de ne pas savoir se résigner face à la nature, comme s’il s’agissait d’acheter un corps en kit dans l’idée, encore une fois, de l’améliorer.

La distinction est difficile, je sais, mais il s’agit juste de faire en sorte, à partir d’un appareil psychique s’étant rendu cohérent face à sa sensibilité, dût-elle avoir passé par bien des heurts et des incompréhensions, que le destin biologique du corps aille au moins dans une direction commune avec celui-ci.

Dans le meilleur des cas, il ne s’agit pas de mettre en œuvre la réalisation d’un fantasme voire d’une cristallisation psychotique, puisque la transidentité avérée n’est pas une pathologie. C’est une configuration atypique du système psychique. De telles configurations atypiques peuvent exister en société, de manière épanouie, créative, et lui apporter bien plus de bien et d’écoute qu’un déni de pluralité, même dans une société dangereuse pour ses individu-e-s.

Si la décision de changer la façon dont l’esprit et le cœur se mettent en relation au monde, sans « abolir le genre » mais en le relativisant, en lui rendant sa valeur de mise en forme du vécu psychique et émotionnel, si tout cela rend la personne plus en possession d’elle-même et avec de la chance, plus heureuse, alors quelque chose d’important se passe. Notamment, les contradictions internes s’estompent largement, et le vécu intime s’en trouve apaisé.

Il n’en reste pas moins que l’environnement social demeure ce qu’il est. La sanctuarisation des espaces en devient d’autant plus nécessaire. Et le premier de ces espaces, c’est le rapport intime à son corps.

Un autre des points posant question dans le choix d’un traitement hormonal, par exemple pour le cas d’une féminisation, c’est la question de la castration. Cette castration, dans le sens d’une stérilisation mais aussi d’une perte des facultés érectiles, est réelle. Pour autant, elle n’en devient symbolique et n’atteint le psychisme que si le pénis en érection veut dire quelque chose pour la personne.

Pour être très crue (et je m’expose volontairement pour servir mon propos), les meilleurs orgasmes que j’ai eus sont ceux où mon pénis n’était pas en érection. Pourquoi ? Parce que l’excitation génitale, combinée avec l’excitation anale, donne la capacité de recomposer une image atteignant ma sensibilité de femme, et je n’ai  pas besoin d’une érection pour jouir, au contraire, bien que ce soit mon pénis qui m’en délivre la dernière part.

Au moins, après avoir joui de cette manière qui me convient, l’image d’un pénis érigé me rappelant « que je suis un homme » n’est pas venue me sauter à la figure, et je lui en suis reconnaissante pour ça.

Beaucoup ne comprendront sans doute pas, parce que nous vivons encore dans une société qui véhicule des valeurs d’hommes qui sont des hommes et de femmes qui vendent la pluralité de ce qu’elles sont à la « sagesse » de rester à leur place.

Je dis aux hommes qui sont des hommes, ne vous laissez pas écraser par la course à ceux qui nous dominent. Après tout, nous sommes tou-te-s esclaves dans ce sens-là. Je dis aux femmes qui sont des femmes, ne soyez pas sages. Votre sagesse doit résulter de votre éthique, pas de leur morale.

Enfin je dis aux enfants qui sont des enfants encore, soyez vigilant-e-s. L’urgence écologique, elle est pour nous tou-te-s. Mais l’écrasement politique passe par la morale, par la docilité, par la nécessité de répondre à toute sommation, à tout redressement, à toute injonction, par un effacement de soi-même au profit du groupe qui vous domine, parce qu’ils et elles sont dominé-e-s également.

Tout fait structure.

Avec la clé de la structure, on fait sauter le verrou.

1 In Konrad Lorenz, Les fondements de l’éthologie, Ed. Flammarion, coll. « Champs sciences », 1984, p. 56

2 In Jean-Jacques Hublin, L’évolution de l’enfance, conférence au Collège de France du 25 novembre 2014, http://www.college-de-france.fr/site/jean-jacques-hublin/course-2014-11-25-17h00.htm

3In La capacité d’être seul, « La capacité d’être seul », Ed. Payot & Rivages, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2015 (1963)

4In Françoise Héritier, Masculin/Féminin. La pensée de la différence, Ed. Odile Jacob, 1996

5In Elsa Dorlin, Sexe, genre et sexualités, PUF, 2008, et Isabelle Clair, Sociologie du genre, Ed. Armand Collin. Coll. « 128 », 2012

6Aux éditions Amsterdam, mai 2018

7Lire par ailleurs le beau témoignage de Gwenn sur les bodmods, sur le site Simonæ : https://simonae.fr/temoignages/modifications-corporelles-bodmods-outils-sante-mentale-acceptation-corps/

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