Anthropogenèse

Enjeux sociétaux et psychanalyse : méthodes inductive et déductive

Beaucoup de psychanalystes refusent de prendre en compte les enjeux de société liés au genre, à la race, à la classe, aux sexualités ou à la validité, pour la simple raison qu’ils ou elles refusent de concéder au patient ou à la patiente. En somme, cela se déroule comme si la reconnaissance de ces enjeux se formulait sous la forme d’une demande vis-à-vis de l’analyste, alors transformé-e en objet de cette demande (en quelque sorte, comme réceptacle de l’objet lacanien a).

Or en creux de ces enjeux, il y a le conditionnement de l’identité de l’individu-e à une dette, non pas seulement vis-à-vis d’un-e autre en particulier, mais vis-à-vis de n’importe quel-le autre, c’est-à-dire les structures-mêmes du fonctionnement social de nos ensembles collectifs. Prendre en compte ces enjeux, c’est prendre en compte la récurrence et le maintien de certaines injonctions à se soumettre à cette dette – « tu existes, tu es toléré-e parce que nous le voulons bien, bien que tu ne sois pas conforme » –, quel que soit l’accord ou le consentement de l’individu-e. Celui- ou celle-ci n’a pas de responsabilité directe vis-à-vis du fait qu’être une femme, une personne trans* ou non-binaire, qu’être racisé-e, de classe populaire, non-hétérosexuel-le et/ou non-valide, trop gros-se ou trop maigre, trop grand-e ou trop petit-e, soit la source d’une telle soumission. Ces facteurs agissent directement sur l’organisation symbolique dans laquelle la personne évolue.

Bien sûr, c’est de tel-le individu-e qu’il s’agit, mais il s’agit aussi de données systémiques, qui ne peuvent être minimisées, sans pour autant concéder quoi que ce soit d’illégitime à la personne en question. Reconnaître ces données, lorsqu’elles causent manifestement une souffrance, c’est aider la personne à travailler sur les conditions d’émergence d’un discours sur elle-même, à même d’identifier les origines du trauma.

Il n’en reste pas moins que tout-e analyste dispose de deux grandes méthodes de travail avec le ou la patient-e : une méthode inductive et une méthode déductive. Il s’agit de déterminer ce que l’on dit et donne ou pas à la personne en face de soi, sachant que la personne va y prendre appui pour élaborer son propre discours. Elle se fera une certaine idée de la personne qui est en face d’elle – l’analyste – et ainsi, elle exercera un contrôle sur ce qu’elle jugera sûr de délivrer d’elle-même. C’est inévitable, la méthode inductive, celle où l’analyste avance et donne lui- ou elle-même quelque chose dans l’espace commun avec le ou la patient-e, influencera la possibilité ou non, ainsi que la direction du discours.

Toutefois, il faut pouvoir donner suffisamment pour bâtir une confiance, un terrain commun propre à tout échange et à tout dialogue ; car il faut considérer l’autre comme sujet, dans son inter-personnalité, et non comme un seul objet d’étude. La méthode déductive, où l’analyste est le ou la plus silencieux-se possible, malgré sa neutralité apparente, a ses limites. Elle prend aussi le risque de l’indétermination, dans laquelle condition le discours peut ne pas avoir les appuis suffisant pour émerger. Or même quelqu’un qui parle beaucoup peut parler sans rien dire si les conditions du discours sont mal assurées, et l’analyste ne peut se satisfaire de l’insécurité donnée au patient ou à la patiente.

Il s’agit donc d’un équilibre à trouver et là encore, la responsabilité de l’analyste est engagée en tant qu’il ou elle est supposée être au fait des facteurs et éléments actifs qui conditionnent, dans un sens ou un autre, le sens propre que l’on a de soi. Ce dernier se formule dans la capacité de l’individu-e à le raconter, c’est-à-dire à l’organiser sur le plan symbolique de la narration dans le temps et dans l’espace, lequel ne peut se défaire de son ancrage social.

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